Puissances en présence
Durant le xixe siècle, les puissances coloniales européennes tentent d’asseoir leur influence en Afrique du Nord.
Lors de la conquête de l’Algérie, la France obtient du Maroc une promesse de neutralité (1832). Mais en 1839, le sultan Abd el-Rahman soutient l’action de l’émir algérien Abd el-Kader, et le conflit s’étend alors aux provinces marocaines de l’Oriental. L’armée marocaine est défaite par les troupes françaises du maréchal Bugeaud à la bataille d’Isly le . Le traité de Tanger, du |10 septembre 1844, met hors la loi Abd el-Kader et définit pour la première fois une délimitation entre les deux pays, de la Méditerranée jusqu’à l’oasis de Figuig.
Le Royaume-Uni cherche à accroître sa puissance économique et signe en 1856 un traité commercial à son avantage. L’Espagne pousse son désir de reconquête. Répondant aux succès des colonisations accomplies par la France, elle prend possession des îles Jaafarines, petit archipel méditerranéen au large des côtes

marocaines, en . Elle déclenche et gagne par la suite la guerre hispano-marocaine de Tétouan en 1859–1860. Cette défaite impose au Maroc de lourdes pertes humaines ainsi qu’une importante indemnité de guerre empruntée auprès des Britanniques, ce qui aggrave une situation économique déjà fragile.
La France quant à elle, désireuse de constituer en Afrique du Nord un territoire homogène signe, en 1863, une convention franco-marocaine. Les avantages accordés à la France et au Royaume-Uni
sont élargis à tous les pays européens lors de la Conférence de Madrid de 1880. Le sultan Moulay Hassan à la tête du pays durant cette période (1873 – 1894) tente de le moderniser comme son prédécesseur Mohammed IV, et joue sur les rivalités européennes (opposant notamment la France au Royaume-Uni, à l’Allemagne et à l’Espagne) pour conserver son indépendance. Mais à son décès, et encore plus à la mort du grand-vizir régent Ahmed ben Moussa (dit « Ba Ahmad ») en 1900, les manœuvres coloniales reprennent de plus belle autour du Maroc. Si l’Espagne est présente dans une partie du Sahara atlantique (Rio de Oro) à partir de 1884, la France quant à elle occupe et annexe un grand nombre de régions marocaines orientales et surtout sud-orientales au département d’Oran et aux territoires sahariens de l’Algérie française entre 1902 et 1904. C’est ainsi que Lalla Maghnia et le Sahara central touchant la frontière du Mali, le Touat, Tidikelt, la Saoura, Béchar, Jorf Torba, Abbadia, Métarfa, Hassi Regel, N’khaila, El Hamira, Kenadsa et Timimoun, passent peu à peu sous contrôle français. En effet, depuis sa conquête et sa colonisation de l’Algérie, la France entreprend de sécuriser les confins algéro-marocains et lorgne sur l’Empire chérifien qui est alors l’un des derniers États indépendants du continent africain au même titre que l’Éthiopie et le Liberia. Les commerçants et entrepreneurs français établis au Maroc se montrent très actifs et en concurrence avec les Allemands, notamment à Casablanca, un port au développement récent qui sera promis à une grande expansion au temps du protectorat.
La politique menée par Abd al-Aziz conduit le pays à une quasi-faillite financière, et accélère le processus de domination précoloniale puis coloniale qui sera confirmé durant le court règne de Moulay Abd el-Hafid entre 1908 et 1912, qui se conclura par la mise en place d’un protectorat franco-espagnol sur l’Empire chérifien.
Crise de Tanger
En 1904, un accord conclu entre les partenaires de l’Entente cordiale, la France et le Royaume-Uni, laisse à la France le Maroc comme zone d’influence, le Royaume-Uni se concentrant sur l’Égypte ; le nord du Maroc est concédé à l’Espagne. Grâce à cet accord, la France a toute liberté d’agir au Maroc ; en échange, elle concède aux Britanniques le droit d’instaurer leur tutelle sur l’Égypte où la France conservait de fortes positions économiques et financières, dont la présidence de la Compagnie du Canal de Suez. Un accord similaire avait été conclu avec l’Italie en 1902, qui accordait une totale liberté d’action aux Italiens contre les Turcs en Libye en échange de leur désintéressement du Maroc. L’empereur Guillaume II et le chancelier Bülow protestent contre les ambitions de la France au Maroc. Conformément à sa nouvelle doctrine de Weltpolitik, l’Allemagne veut avoir sa part des conquêtes coloniales, notamment en Afrique subsaharienne, en Chine, dans l’Empire ottoman, et au Maroc où réside une colonie germanique influente (dont font partie par exemple les frères Mannesmann, propriétaires du groupe industriel éponyme ainsi que d’un important patrimoine foncier dans l’arrière-pays de Fédala).
Le 31 mars 1905, en vue de prévenir la mainmise de la France sur le Maroc, Guillaume II débarque théâtralement à Tanger, traverse la ville à cheval, à la tête d’un imposant cortège, va à la rencontre du sultan Abd al-Aziz pour l’assurer de son appui et lui faire part de son désaccord face aux droits concédés à la France sur le Maroc. Il est prêt à entrer en guerre si la France ne renonce pas à ses ambitions marocaines. Le sultan Abd el-Aziz impressionné par ce discours décide de refuser toutes les réformes préconisées par l’ambassadeur Eugène Regnault. La France hésite, mais ne s’estimant pas prête pour la guerre, accepte la demande d’arbitrage de l’Allemagne. Ce « coup de Tanger » entraîne une poussée de germanophobie en France et la démission du ministre français des Affaires étrangères, Théophile Delcassé.
Conférence d'Algésiras
Du 7 janvier au , à la suite de l’affaire de Tanger, se tient à Algésiras, au sud de l’Espagne, une conférence internationale sur le Maroc afin d’apaiser les tensions entre les différentes puissances qui se disputent le pays. Elle rassemble les principaux pays européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Autriche-Hongrie, Espagne, Russie, Suède, Belgique, Portugal, Pays-Bas) ainsi que les États-Unis. Cette conférence confirme l’indépendance de l’Empire chérifien, mais rappelle le droit d’accès de toutes les entreprises occidentales au marché marocain, et reconnaît à l’Allemagne un droit de regard sur les affaires marocaines.
Toutefois, au grand dam de Guillaume II, la France et l’Espagne se voient confier la sécurité des ports marocains et un Français est chargé de présider la Banque d’État du Maroc. La police franco-espagnole des ports, dirigée par un officier helvétique, est créée officiellement pour assurer l’ordre dans l’ensemble des ports marocains ouverts au commerce extérieur143. En 1909, l’Espagne étend sa zone d’influence sur tout le Rif, afin de contrôler ses mines de fer. Les troupes du général Diaz-Ordonez se heurtent néanmoins à une résistance efficace des tribus locales menées par le Chérif Améziane. Les Espagnols cherchent alors au Maroc un terrain d’expansion pour compenser la perte de leurs dernières colonies (Cuba, Porto Rico, Philippines, Guam) à la suite de leur guerre contre les États-Unis.
Incident d'Agadir (1911)
En juillet 1911, l’Allemagne provoque un incident militaire et diplom
atique avec la France, appelé coup d’Agadir (ou crise d’Agadir), en envoyant une canonnière (navire léger armé de canons) de sa Marine impériale dans la baie d’Agadir en vue d’y débarquer des troupes. Aux termes d’âpres négociations, les Allemands renoncent à être présents au Maroc en échange de territoires du Congo en Afrique-Équatoriale française cédés au Cameroun allemand. Un traité franco-allemand est signé le 4 novembre 1911, entérinant cet accord et laissant définitivement les mains libres à la France dans l’Empire chérifien. Tout est désormais en place pour que la France puisse installer son protectorat conjointement avec l’Espagne sur le Maroc.
