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    HISTOIRE DU MAROC

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      Ère islamique
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      La grande révolte berbère (739-743)

      Dès les débuts de la conquête musulmane du Maghreb, les Kharijites originellement basés en Irak envoient des représentants au Maghreb pour tenter de rallier les populations berbères. Les Berbères accoutumés au système de communauté égalitaire et supportant mal la domination arabe, finissent par trouver dans le kharijisme un redoutable moyen de contestation politique.

      En 739 Maysara al-Matghari, mandaté par les populations du Maghreb al-Aqsa, conduit à Damas une délégation auprès du calife Hicham pour présenter les doléances des Berbères : égalité dans le partage du butin et arrêt de la pratique qui consiste à éventrer les brebis pour obtenir la fourrure des fœtus (le mouton étant un élément essentiel de l’économie pastorale des tribus berbères).

      Les plaintes parviennent au calife omeyyade qui ne donne pas suite, ce qui déclenche une insurrection à Tanger. Maysara s’empare de la ville, tue le gouverneur Omar Ibn Abdallah et se proclame calife. Il réussit à empêcher le débarquement d’une armée arabe envoyée d’Espagne. Le gouverneur d’Espagne Uqba ibn al-Hajjaj intervient en personne mais ne parvient pas à reprendre Tanger, tandis que Maysara s’empare du Souss dont il tue le gouverneur. Puis Maysara, se conduisant comme un tyran, est déposé et tué par les siens, et remplacé par Khalid ibn Hamid al-Zanati. Sous son commandement, les Berbères sont victorieux d’une armée arabe sur les bords du Chelif, au début de 740.

      Les troupes arabes ayant été battues, Hichām envoie des troupes de Syrie dirigées par le général Kulthum ibn Iyad. Elles sont battues par les Berbères sur les rive du Sebou en octobre 741. Le gouverneur égyptien Handhala Ibn Safwan intervient à son tour et arrête les deux armées kharidjites au cours de deux batailles à Al-Qarn et à El-Asnam (Algérie) alors qu’elles menaçaient Kairouan (actuelle Tunisie) (printemps 742).

      Quand survient la chute des Omeyyades de Syrie (750), l’ouest de l’Empire échappe totalement au pouvoir central damascène. L’Espagne revient aux émirs omeyyades de Cordoue et le Maghreb se morcelle en plusieurs petits États indépendants (de 745 à 755).

      Dynastie idrisside (789-985)

      L’histoire des Idrissides commence, lorsqu’un prince arabe chiite de la famille de `Ali (quatrième calife de l’islam), Idris Ibn ‘abd Allah al-Kamil et son affranchi Rachid Ben Morched El Koreichi, se réfugient dans le Moyen Atlas. Fuyant la menace des Abbassides (qui avaient massacré des Alides et leurs partisans chiites lors de la bataille de Fakh près de La Mecque), ils séjournent en Égypte avant de s’installer à Walilah (Volubilis), sous la protection de la tribu berbère des Awarbas. Parvenant à rallier les tribus locales à sa cause, Idriss est investi Imam et fonde la ville de Fès en 789 sous le nom d’Idriss Ier. C’est le début de la dynastie des Idrissides.

       

      Mosquée Al Qaraouiyyine de Fès, abritant une université fondée au ixe siècle sous le règne des Idrissides.

      Idris Ier est assassiné par un émissaire du calife abbasside Haroun al-Rachid de Bagdad, un certain Sulayman Ibn Jarir Al Chammakh, qui avait été en fait avisé par le puissant vizir barmécide Yahya ben Khalid. Ne se doutant que la femme d’Idris Ier (Kenza al Awrabiya) est enceinte, Haroun al-Rachid et son vizir pensent que la menace de l’émergence d’un pouvoir alide à l’ouest du Maghreb est définitivement éradiquée. Mais quelques mois plus tard, naît Idris II. Son éducation est confiée à l’affranchi de son père Rachid qui assure une sorte de régence.

      Après onze années sous la tutelle de Rachid, Idris II est proclamé Imam des croyants de Fès. Au fil du temps, grâce à son talent politique, il réussit à fédérer davantage de tribus, le nombre de ses fidèles s’accroît et son armée désormais professionnelle incorpore des éléments arabes des tribus Qaïs, Azd, Madlaj, Bani Yahsob et Soudaf, parmi lesquels il choisit son ministre Oumaïr Ibn Moussab; un tel apport lui permet d’élargir sa zone de domination sur le Maghreb al-Aqsa. Le royaume idrisside englobe ainsi toute la portion de territoire s’étendant de Tlemcen à l’est jusqu’au Souss au sud et au Gharb à l’ouest. Il semble que la dynastie idrisside, du moins à ses débuts, ait professé le chiisme et plus précisément le zaïdisme, réputé être le plus modéré des rites chiites. Les princes idrissides successifs passeront cependant au sunnisme, notamment sous l’influence de leurs voisins omeyyades.

       

      Dirham idrisside frappé à Al Alya (Fès) en 840, marque de création d’un État indépendant

      Se considérant à l’étroit à Walilah, Idriss II quitte l’antique cité romaine pour Fès, où il fonde le quartier des Kairouanais (également appelé Al-Alya) sur la rive gauche (Idris Ier s’était établi sur la rive droite, le quartier des Andalous). Les Kairouanais sont issus de familles arabes orientales et arabo-persanes (originaires du Khorassan) établies en Ifriqya depuis l’époque abbasside. Ces familles sont expulsées de Kairouan en raison des persécutions infligées par l’émir aghlabide Ibrahim Ier. Les Andalous qui s’installent à Fès sont quant à eux des opposants aux Omeyyades, originaires des faubourgs cordouans qui s’étaient révoltés massivement contre l’émir omeyyade d’Al-Andalus Al-Hakam Ier (notamment du faubourg de Rabed, d’où le nom de Rabedis attribué aux éléments de cette première vague d’immigration andalouse au Maroc)33. Les Kairouanais et les Andalous forment ainsi le premier noyau de peuplement citadin de Fès et font bénéficier la nouvelle capitale des Idrissides de leurs nombreux apports, notamment dans les domaines intellectuels et économiques.

       

      Minaret de la mosquée de la ville sainte de Moulay Idriss Zerhoun, où repose Idris Ier

      Le royaume idrisside connaît une importante phase d’urbanisation, illustrée par la création de villes nouvelles telles que Salé, Wazzequr, Tamdoult et Basra, cette dernière inspirée de la Basra irakienne. Ces nouveaux centres sont des foyers de diffusion de culture arabe et des vecteurs d’islamisation en pays profondément berbère34. La fondation de la mosquée et université Al Quaraouiyine par Fatima el Fihriya, une aristocrate d’origine kairouanaise, assure à Fès un rayonnement des plus intenses, qui fera participer la cité idrisside à l’âge d’or islamique des sciences, des arts et des lettres aux côtés des grands centres civilisationnels prestigieux que sont alors Cordoue, Le Caire et Bagdad.

      À cette même époque, les Vikings venus de la lointaine Scandinavie et menés par Hasting et par le prince suédois Björn Côtes-de-Fer, attirés par les ressources potentielles qu’offrent les rives du détroit de Gibraltar et de la Méditerranée occidentale, se signalent par leurs incursions dévastatrices sur les côtes nord du Maroc (notamment dans les régions d’Asilah et de Nador). L’historien et géographe andalou Al-Bakri désignera les envahisseurs vikings par le terme de Majus et relatera particulièrement leurs exactions contre le royaume des Banu Salih de Nekor dans le Rif sous le règne de l’émir salihide Saïd I ibn Idris.

      En 985, les Idrissides perdent tout pouvoir politique au Maroc et sont massivement exilés en Al-Andalus par le calife omeyyade Al-Hakam II. Installés à Malaga, ils récupèrent peu à peu leur puissance, au point d’engendrer une dynastie pendant l’époque des taïfas, les Hammudites. Ces derniers vont jusqu’à revendiquer la fonction califale à Cordoue en remplacement des Omeyyades déchus en 1016.

      Omeyyades, Fatimides et factions zénètes (xe et xie siècles)

      À partir de la première moitié du xe siècle, le Maroc devient l’enjeu des rivalités entre les Omeyyades d’Al-Andalus et les Fatimides d’Ifriqiya.

      En 920, une armée au service des Fatimides dirigée par Messala ibn Habbous, émir des Meknassas et gouverneur de Tahert, envahit le Maroc et prend Fès, soumettant le roi idrisside Yahia IV. L’avènement de Hasan al-Hajjam en 925 voit le Maghreb al-Aqsa s’émanciper des Fatimides avant qu’il retombe de nouveau dans leurs mains en 927, et ce jusqu’en 937. Les Idrissides, cependant, ne réussissent pas à réunifier leur royaume qui tombe aux mains des tribus zénètes.

      En 932, les Idrissides perdent Tlemcen au profit des Meknassas pour le compte des califes fatimides. La ville restera aux mains des Fatimides jusqu’en 955, date de sa prise par les troupes omeyyades, avant de retomber aux mains des Fatimides en 973.

      Au milieu du xe siècle, depuis leur forteresse de Hajar Annasr, les Idrissides ne contrôlent plus que le nord-ouest du pays.

       

      À la fin du xe siècle, les Zirides mènent plusieurs incursions au Maroc pour le compte de leurs suzerains fatimides.

      En 974, une intervention omeyyade enlève toute indépendance aux Idrissides et en fait leurs vassaux. En 977, c’est par le biais de leurs vassaux zirides, dirigés par Bologhine ibn Ziri, que les Fatimides tentent de nouveau de conquérir le Maroc actuel, s’avançant jusqu’à la péninsule tingitane ; ils sont cependant contraints de reculer devant l’armée omeyyade venue d’Andalousie à la demande des Maghraouas.

      À partir de 985, date de la destruction du dernier bastion de l’État idrisside par les Omeyyades, l’extrême occident maghrébin est contrôlé par les Meknassas, les Maghraouas et les Ifrenides, dont les allégeances oscillent entre les califes cordouans et fatimides. Les trois factions zénètes, entrées en conflit les unes contre les autres, exercent alternativement le commandement à Fès, alors que les Ifrenides avancent jusqu’à l’intérieur du territoire des Berghouatas. Jusqu’au milieu du xie siècle et la réunification par les Almoravides, le Maghreb occidental est partagé entre les différents groupes tribaux zénètes, luttant à la fois les uns contre les autres et contre les Sanhajas ; cette instabilité ne permet à aucune de ces trois tribus de constituer une dynastie durable.

      Émirat de Nekor (710-1019)

      Le royaume des Salihides, fondé vers 710 par Salih Ibn Mansour, originaire de Himyar au Yémen, est de fait le plus ancien Etat musulman crée au Maroc. Ses capitales successives seront Temsamane et Nekor. À l’instar des Omeyyades de Cordoue dont ils sont tributaires, les émirs salihides s’entourent d’une garde Saqāliba d’origine slave, et font face aux raids destructeurs des Vikings. Les membres de la famille salihide se déchirent dans de dures luttes pour le pouvoir, auxquelles participent les tribus du Rif et des Ghomaras, mais malgré ces épisodes d’invasions et de guerres internes, l’émirat brillera par sa prospérité économique, marquée par les liens avec Al-Andalus et son ouverture sur l’ensemble du monde méditerranéen grâce au port d’Al Mazamma.

      Royaume des Berghouata (744-1058)

      Les Berghouatas, confédération de tribus issues essentiellement des Masmoudas, forment un royaume puissant entre le viiie et le xie siècle. À la suite de la grande révolte kharijite de Maysara, ils établissent un émirat indépendant dans la région de Tamesna, sur les côtes de l’Atlantique entre Safi et Salé, sous l’égide de Tarif al-Matghari.

      L’État berghouata, dirigé par un pouvoir royal théocratique, fixe les rituels d’une nouvelle religion d’essence messianique empruntant à la fois à l’islam, au judaïsme et aux antiques croyances locales, et adopte un livre saint inspiré du Coran, mais rédigé en berbère et comportant 80 sourates45. Les rois berghouatas prennent les titres de Mahdi et de Salih al Mou’minine et désignent Dieu par le nom de Yakouch47. Parallèlement chez les Ghomaras du Rif occidental, de même souche masmoudienne que les Berghouatas, un faux prophète du nom de Ha-Mîm prêche également une religion messianique et rédige un « livre saint » en berbère, s’inspirant du principe du Salih al Mou’minine. Mais Ha-Mîm ne parvient pas à créer un royaume comme la dynastie de Tarif al-Matghari et il périt exécuté par les Omeyyades en 928.

      Les Berghouatas maintiennent leur suprématie dans la région des plaines atlantiques durant quatre siècles et entretiennent des relations diplomatiques et commerciales avec le califat omeyyade de Cordoue qui voit probablement en eux des alliés potentiels contre les Fatimides et leurs alliés zénètes. Il semble que, sur les vingt-neuf tribus constitutives de ce royaume, douze aient adopté réellement la religion barghwata, les dix-sept autres étant demeurées fidèles au kharijisme.

      Émirat de Sijilmassa (758-1055)

      Un émirat fondé par les Zénètes émerge dans la région du Tafilalet à partir de 758. Dirigée par la dynastie des Midrarides (dont le fondateur est Samgou Ibn Wassoul al Miknassi), cette entité politique et théocratique à forte structure tribale prend pour capitale la cité de Sijilmassa. Le royaume midraride professe officiellement le kharidjisme de rite sufrite mais finit par reconnaître à partir de 883 la suprématie religieuse du califat sunnite des Abbassides de Baghdad. Les Midrarides se consacrent cependant à maintenir une alliance avec les autres États kharidjites, comme le royaume des Rostémides de Tahert dirigé par une dynastie d’origine persane. Sijilmassa établit également un fructueux commerce caravanier de l’or avec le royaume du Ghana, à l’époque maître des plus importants gisements aurifères de l’Afrique de l’Ouest.

      L’émirat de Sijilmassa atteint ainsi son apogée au ixe siècle grâce à son rôle de plaque tournante du trafic des métaux précieux, et sa renommée s’étend ainsi jusqu’aux pays méditerranéens et à tout l’Orient abbasside (voire jusqu’à la Chine mongole des Yuan selon Ibn Battûta, qui y rencontre des Sijilmassiens). C’est précisément cette position de débouché de l’or africain subsaharien et les connections faciles avec l’Asie et la Route de la soie qui excitent les convoitises des Omeyyades de Cordoue et des Fatimides qui s’affrontent pour sa domination. Ce sont finalement les Almoravides qui s’emparent du royaume midraride en 1055. Par la suite, la fondation de Marrakech éclipse définitivement le prestige de Sijilmassa.

      Émirat de Sijilmassa (758-1055)

      Un émirat fondé par les Zénètes émerge dans la région du Tafilalet à partir de 75850. Dirigée par la dynastie des Midrarides (dont le fondateur est Samgou Ibn Wassoul al Miknassi)51, cette entité politique et théocratique à forte structure tribale prend pour capitale la cité de Sijilmassa. Le royaume midraride professe officiellement le kharidjisme de rite sufrite mais finit par reconnaître à partir de 883 la suprématie religieuse du califat sunnite des Abbassides de Baghdad. Les Midrarides se consacrent cependant à maintenir une alliance avec les autres États kharidjites, comme le royaume des Rostémides de Tahert dirigé par une dynastie d’origine persane52. Sijilmassa établit également un fructueux commerce caravanier de l’or avec le royaume du Ghana, à l’époque maître des plus importants gisements aurifères de l’Afrique de l’Ouest.

      L’émirat de Sijilmassa atteint ainsi son apogée au ixe siècle grâce à son rôle de plaque tournante du trafic des métaux précieux, et sa renommée s’étend ainsi jusqu’aux pays méditerranéens et à tout l’Orient abbasside (voire jusqu’à la Chine mongole des Yuan selon Ibn Battûta, qui y rencontre des Sijilmassiens53). C’est précisément cette position de débouché de l’or africain subsaharien et les connections faciles avec l’Asie et la Route de la soie qui excitent les convoitises des Omeyyades de Cordoue et des Fatimides qui s’affrontent pour sa domination. Ce sont finalement les Almoravides qui s’emparent du royaume midraride en 1055. Par la suite, la fondation de Marrakech éclipse définitivement le prestige de Sijilmassa.